| punk_life | | Membre | | 36 messages postés |
| Posté le 16-03-2006 à 18:39:04
| De lautre coté de la Méditerranée, alors que samorce la vague de la world music, dont Paris est lépicentre, le festival de Bobigny de 1986 donne le départ de la médiatisation du phénomène raï. La chanteuse Chaba Fadela sy produit après une éclipse : en 1983, elle y avait interprété son succès Nsal fik (« Tu es à moi »), avec son mari Cheb Sahraoui, chanteur aux mélismes* rappelant le flamenco. Linfluence arabo-andalouse est encore plus sensible dans le chant de Cheb Hamid, un interprète qui se situe dans la plus pure tradition des artistes semi-professionnels du bled. Les années 1990 sont marquées en Algérie par des événements sanglants qui touchent les musiciens : le chanteur de « raï love » Cheb Hasni et le poète berbère Lounès Matoub sont assassinés, le premier le 29 septembre 1994, le second le 25 juin 1998. Par ailleurs, labsence de gestion collective du droit dauteur en Algérie et le système de création des uvres fondé sur le retraitement dun matériaux mélodique et textuel traditionnel posent le problème de la réelle originalité des chansons. Cela se traduit par des conflits entre artistes au sujet de la paternité des uvres, un phénomène courant dans les musiques populaires (le rock and roll ou la musique africaine moderne en fournissent dautres exemples). Lexpansion du raï hors de lAlgérie sera également longtemps freinée par le mode de diffusion des boutiques du quartier parisien de Barbès, qui lèse les artistes : pas de droit dauteur, pas de versement proportionnel aux ventes. En 1992, lalbum Didi de Khaled est produit par une major, Barclay, et fait danser les jeunes de toute origine, ce qui sort cette musique de son cadre communautaire. La musique des cabarets oranais sest, au passage, largement adaptée aux oreilles occidentales, même si lancien cheb redécouvre les racines arabo-andalouses de sa musique. Les rythmes à 6/8 (marocains ou égyptiens) et 4/4 dédoublés laissent la place à des boucles de batterie échantillonnées qui rappellent le hip-hop. Les arrangements programmés à laide dordinateurs remplacent le charme désuet des synthétiseurs bons marché qui dialoguaient avec la voix dans le prélude (stirba*). Cheb Mami, qui avait commencé en touchant la jeunesse algérienne dorée, opte pour une production à laméricaine et finit par enregistrer un duo avec Sting (ex-membre du groupe de rock-pop The Police). Devant les difficultés quils éprouvent à se voir reconnaître le statut de musicien dans leur pays, pour fuir la violence et les luttes fratricides, beaucoup dartistes algériens vont sinstaller en France, à limage du multi-instrumentiste Mohamed Margni, sans doute larrangeur le plus créatif de sa génération. Cheikha Rimitti, une ancienne danseuse et chanteuse itinérante dont le répertoire a été largement pillé par les chanteurs de raï, perpétue lhéritage dune musique de Bédouin adaptée au cabaret mais toujours en marge des structures sociales. En France, suivant les traces du groupe précurseur Raïna Raï, dautres artistes travaillent dans des directions personnelles qui séloignent du style oranais. Rachid Taha, ancien membre du groupe lyonnais de rock orientalisé Carte de Séjour, habille sa voix et ses rythmes chaabi de sonorités électroniques ; Youssef et son Orchestre national de Barbès tentent la fusion entre les rythmes du Maghreb et la musique improvisée ; Faudel touche un large public en utilisant parfois le français, alors que le chanteur dorigine berbère Takfarinas est attiré par la dance music. Même le rap en arrive à intégrer des sons orientaux (Tonton du bled, par le groupe 113).
-------------------- Le silence est le Disert de l'Esprit |
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